Les RP expliquées aux ados (1/2)

Un topo aussi utile aux adultes !

La semaine dernière, j’ai été conviée à la Semaine des Métiers d’un lycée bordelais pour présenter mon activité d’attaché•e de presse. J’ai partagé sur les réseaux sociaux les questions des élèves que j’ai trouvées saisissantes de bon sens. À la demande de plusieurs d’entre vous (clients, partenaires, amis), voici les réponses !

Vous faites quoi quand vous n’arrivez pas à décrocher des interviews ?

Je deviens anxieuse et je tords mon sujet dans tous les sens. À quelle actualité le raccrocher ? Quel angle mobiliser pour proposer une histoire originale ? J’observe le secteur de mon client et repère sa différence, ce qui le rend légitime pour intervenir. Ensuite, il faut le convaincre de la pertinence de ce choix éditorial. C’est souvent le plus compliqué ! Les relations presse demandent beaucoup de pédagogie ; la pleine page “ma vie/mon œuvre” dans un quotidien national, ce n’est pas pour demain.

Un•e attaché•e de presse propose aux journalistes une expertise, un éclairage, un contenu à forte valeur ajoutée qui sert d’illustration ou de mise en perspective pour nourrir un papier. Mon job ne consiste pas à transmettre des messages promotionnels, les affiches des abribus et les 4×3 des nationales le font déjà très bien.

Bon, OK, il est toujours plus facile de prendre la parole dans les médias avec une annonce (un accord social, une campagne de recrutement, la sortie d’un produit, une levée de fonds…).  Mais en veillant l’actualité – économique, culturelle, législative –, en faisant preuve de patience, le client peut rapidement émerger sur la scène médiatique. Seule condition : avoir quelque chose de pertinent à partager !

Vous connaissez Yann Barthès ?

Mais tout à fait, on dîne ensemble de temps en temps… En replay sur mon ordi. Plus sérieusement, je ne l’ai jamais vu. En revanche, depuis novembre, je suis en lien avec sa programmatrice invités sur un dossier client. Chacun de ses textos me fait l’effet d’un ascenseur émotionnel. Dalila, si vous me lisez, ne riez pas. Quotidien, c’est un peu le Graal pour un•e attaché•e de presse. Un jour peut-être, mon client sera reçu !

C’est pas frustrant d’écrire pour les autres ?

J’adore ça. Écrire sur des sujets qui me sont a priori étrangers est un exercice passionnant. J’ai rédigé des dossiers de presse et des tribunes sur l’agriculture bio, la sclérose en plaques, la végétalisation des villes, la petite enfance, le temps de travail, la féminisation du personnel politique… Je lis tout ce que je trouve sur les sujets qui me sont confiés puis j’interroge mon client. C’est un curieux métier, pour personnes curieuses.

Combien ça coûte un partenariat avec un Youtuber ?

Tout dépend de la notoriété du Youtuber et de la collaboration qu’on lui propose. Un partenariat sur Youtube est rarement gratuit, et cela se justifie. On demande au Youtuber de s’immerger dans l’activité du client, d’écrire, de tourner, de monter et de diffuser une vidéo auprès d’une communauté qu’il engage avec lui. Ce n’est pas rien ! Il n’y a pas de fourchette précise, mais pour certains Youtubers connus, une vidéo sponsorisée peut équivaloir à un salaire.

C’est quoi la différence entre des RP et de la pub ?

Quand on fait des RP, on porte à l’attention du journaliste un contenu qu’il choisit d’exploiter ou non. Son indépendance, sa liberté éditoriale et sa déontologie font foi. À l’inverse, la production d’une publicité ne passe par aucun medium. Elle touche directement le public et induit un financement auprès du diffuseur. Moi je ne paye pas de journaliste ! Ou alors il faut le virer de la rédac et m’interdire d’exercer ce job.

Depuis une dizaine d’années, les influenceurs (blogueurs, instagramers, youtubers) ont inventé un modèle hybride. Ils collaborent avec des marques pour tester et vanter leurs produits, parfois gratuitement, parfois contre un sponsoring. Aujourd’hui, certaines d’entre elles préfèrent même un partenariat rémunéré à un article obtenu légitimement dans un hebdo. L’impact sur la cible y est plus fort, la prescription plus directe. Ces collaborations doivent être signalées en toute transparence : tant que la communauté est au courant du deal, il n’y a aucun problème. Le volet e-RP est désormais aussi important que les RP. Il est venu enrichir notre métier.

Vous pourriez travailler pour Macron ?

Oui ! Et je changerais toute sa stratégie RP. La presse, c’est le 4e pouvoir d’un État, sa liberté est la garantie d’une démocratie en bonne santé. Or, je suis très critique sur le comportement du Président à l’égard des journalistes. La fermeture de la salle de presse de l’Élysée, l’attitude et les méthodes de Sibeth Ndiaye (qui affirme haut et fort qu’elle n’hésite pas à « mentir » aux journalistes), les petites phrases sur « la presse qui ne cherche plus la vérité » sont autant de signaux inquiétants. Ils relèvent d’un mépris vis-à-vis des journalistes. Lorsqu’il se coupe d’un corps intermédiaire aussi déterminant, Emmanuel Macron s’éloigne des Français. Et cette posture participe pleinement à l’impression de déconnexion voire d’arrogance qu’il peut renvoyer.
Cf. : lire l’excellent article de Vanity Fair, Désamour, Emmanuel Macron et la presse, histoire d’un mépris.

En fait, vous êtes un peu comme un agent de Dix pour cent sauf que vous ne bossez pas pour des acteurs ?

Ah non, je ne m’occupe pas des contrats, ne négocie pas les droits d’image, ne réserve pas le théâtre ou la babysitter. Je gère uniquement la présence médiatique de mes clients. Alors oui, parfois, on touche à l’image de manière globale. Avant une télé ou un shooting, je donne des conseils sur les vêtements, le maquillage et la coiffure. Le tic de langage qui m’embête. Et je m’arrête là.

Vous gagnez bien votre vie ?

J’avais un salaire plus important quand j’étais salariée au sein d’une agence. Alors certes, depuis que je suis à mon compte, je gagne moins bien ma vie. Mais j’ai troqué mon ancien salaire contre une liberté qui n’a pas de prix : celle de choisir mes clients, d’aborder mes dossiers comme je l’entends, d’allouer le temps qu’il faut à chacun. Et je m’épanouis dans la gestion d’une entreprise.

Vous avez déjà contacté Mcfly & Carlito pour un partenariat ?

Non et je pense que ni eux (qui me riraient au nez), ni mes clients (qui me demanderaient qui ils sont) ne seraient intéressés !

Vous avez des clients chiants ?

Ça peut paraître dingue/bisounours/lèche-botte mais non. J’ai travaillé avec 21 clients depuis le lancement de mon entreprise il y a moins d’un an. Et je n’ai connu aucun différend avec l’un d’eux. On entretient une relation de confiance et de respect mutuel. Pourvu que ça dure !

C’est quoi les émissions que vos clients préfèrent ?

Quotidien a remplacé le JT de TF1 sur l’échelle de l’émission la plus bankable du PAF. Côté presse écrite, Le Monde, Les Échos et Le Figaro continuent de faire légion. Chez les féminins, Elle et Femme Actuelle restent indétrônables, talonnés par les pure players du web comme Aufeminin.

Votre plus gros échec ?

Un événement sur lequel aucun journaliste n’a pu se rendre disponible. J’ai passé la journée sur mon téléphone à les textoter. Heureusement, les articles ont quand même suivi : le contenu était à la hauteur et l’actualité a joué en notre faveur. Le combo parfait !

Vous avez du temps pour votre vie perso ?

M’oublier dans le travail m’a permis de consolider le lancement de l’Agence Initiale. Depuis, j’ai appris à mieux m’organiser et j’ai plus de temps pour profiter des miens.

RDV lundi prochain pour la suite des questions/réponses !

Pourquoi ne pas avoir été journaliste à la place d’attaché•e de presse ?
Votre métier, c’est un peu de la manipulation au fond non ?
Est-ce que vous engueulez vos clients quand ils ne disent pas ce qu’il faut en interview ?
Qu’est-ce que vous n’aimez pas dans votre métier ?
Vous avez des amis journalistes qui font passer vos clients en priorité ?
Vous allez combien de fois par semaine à Paris ?
Idéalement, vous aimeriez bosser pour qui ?
Vous avez déjà travaillé pour des personnes connues ?
Faut faire quelles études ?
Le/la meilleur•e attaché•e de presse que vous connaissez ?
Votre journaliste préféré ?

“Les enfants sont formidables !”

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